Est-ce que je manque de volonté ?
Non. Si tu as tenu des régimes, compté, recommencé, tu as déjà prouvé ta volonté. Réussir à perdre du poids dix fois est peut-être la plus belle preuve que la volonté n’a jamais été le problème. Au cabinet Synahé, nous posons une autre question : à quoi la nourriture sert-elle, pour que ton cerveau y revienne malgré tant d’efforts ?
Ce que nous voyons au cabinet
Si tu te poses cette question avec cette petite honte au ventre, je veux d’abord que tu saches que tu n’es pas seule : c’est une des phrases que j’entends le plus. Elle arrive rarement au début de la consultation. D’abord, la personne me raconte tout ce qu’elle a fait : les régimes, les applications, les programmes. Puis il y a un silence. Et presque toujours : « En fait… je crois que je n’ai juste pas de volonté. » À ce moment-là, elle ne me parle plus de son poids. Elle me parle de sa valeur.
Alors je réponds souvent : « Attends une minute. Tu viens de me raconter dix régimes. Tu t’es privée, tu t’es relevée à chaque échec. Si tu avais vraiment manqué de volonté, tu n’aurais même jamais commencé. » C’est souvent le premier moment où je vois la personne relever la tête.
Ce qui se passe vraiment
La croyance du manque de volonté ne sort pas de nulle part. On te l’a apprise. Chaque régime porte en lui ce message silencieux : si ça ne marche pas, c’est toi. La méthode n’est jamais en cause, la personne toujours. Alors après dix tentatives, tu as fini par signer des aveux qui ne sont pas les tiens.
Regarde pourtant les faits. Se priver pendant des semaines demande de la volonté. Recommencer après un échec en demande encore plus. Ta volonté a fonctionné, souvent remarquablement bien. Ce qui revient à chaque fois, ce n’est pas ta faiblesse : c’est quelque chose de plus fort que la privation, une fonction que ton poids remplit et que le régime n’a jamais touchée.
Il faut dire aussi ce qu’est la volonté : une force de court terme. Elle peut contenir un besoin pendant des semaines, parfois des mois. Elle ne peut pas le supprimer. Quand la journée a été longue, que la fatigue monte et que tu te retrouves seule, la volonté lâche en dernier, mais le besoin, lui, est toujours là. Ce n’est pas un duel équitable : d’un côté un effort conscient qui s’épuise, de l’autre une solution que ton cerveau a apprise pour t’apaiser.
Et la honte aggrave tout. Te juger faible ajoute exactement la tension que la nourriture est chargée de calmer. Plus tu te condamnes, plus le geste devient nécessaire. C’est pour ça que la question « comment avoir plus de volonté » ne mène nulle part. La vraie question est ailleurs : à quoi ce poids sert-il encore ? Le jour où cette question trouve sa réponse, la volonté cesse d’être un combat, parce qu’il n’y a plus rien à combattre.
On me demande souvent
Ma sœur y arrive, mon mari y arrive… pourquoi moi je craque ?
Parce que le problème n’est probablement pas la nourriture. La vraie question est : pourquoi ton cerveau a-t-il eu besoin d’utiliser la nourriture comme solution, alors que d’autres personnes n’en ont jamais eu besoin ? Ce n’est pas une différence de force. C’est une différence d’histoire. Ta sœur et ton mari n’ont simplement pas eu à construire cette solution-là. Toi, si. Et ce n’est pas une raison d’avoir honte : c’est une raison de comprendre.
La suite du cheminement
- Pourquoi je mange alors que je n’ai pas faim ?
- Pourquoi je reprends le poids perdu ?
- Pourquoi je craque le soir ?
Et si ton poids avait eu une bonne raison d’exister ? C’est la piste que nous suivons, page après page, dans la bibliothèque du poids. Et si tu veux comprendre le cadre de pensée qui guide tout notre travail, il est expliqué dans le Regard des Adaptations.
Valentine Mahin, hypnologue, autrice de Et si perdre du poids était la pire décision de ta vie ?
Cette page partage un regard. Elle ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas un avis médical.
